Un jeune vous interroge sur un problème que vous avez rencontré à plusieurs reprises au cours de votre vie. La réponse vous vient presque immédiatement. Mais depuis, les technologies, le monde du travail, les possibilités et les attentes ont changé. Votre expérience reste précieuse, mais la méthode qui a fonctionné pour vous à l’époque ne conviendra pas forcément à cette personne.
Pour transmettre vos connaissances, il ne suffit donc pas de raconter ce que vous avez fait. Mieux vaut distinguer, dans votre expérience, les principes qui restent valables de ce qui dépendait uniquement du contexte de l’époque. C’est ainsi qu’un souvenir peut devenir une véritable source d’apprentissage pour quelqu’un d’autre.
Une expérience n’est pas un mode d’emploi
Une expérience raconte ce qui s’est passé, les décisions que vous avez prises et leurs conséquences. Un mode d’emploi indique à quelqu’un d’autre ce qu’il doit faire. Le problème survient lorsqu’on confond automatiquement les deux.
Si, par exemple, vous avez obtenu un bon emploi en vous présentant directement dans une entreprise, la leçon utile n’est pas forcément « va sur place ». Le principe à retenir pourrait plutôt être que prendre l’initiative et établir un contact direct augmentaient les chances d’être remarqué. Aujourd’hui, cela peut prendre une forme complètement différente.
Décomposez votre récit en quatre étapes
Pour transmettre une expérience, ne vous limitez pas au récit lui-même. Essayez de le structurer de manière à faire ressortir ce qui peut encore être utile aujourd’hui.
- La situation : le problème auquel vous étiez confronté et les possibilités dont vous disposiez.
- La décision : ce que vous avez choisi de faire et pourquoi.
- Le résultat : ce qui a marché, ce qui a échoué et ce qui vous a surpris.
- La leçon : ce qui vous semble important à retenir de cette expérience, encore aujourd’hui.
Cette structure vous est également utile. La mémoire conserve naturellement le sens général et les moments marquants, mais pas toujours toutes les conditions qui ont contribué au résultat. En les précisant, vous réduisez le risque de transformer un souvenir en conseil universel.
Demandez-vous ce qui a changé depuis
Avant de donner un conseil, imaginez que vous devez appliquer aujourd’hui votre ancienne méthode. Qu’est-ce qui ne fonctionnerait plus de la même façon ? Cette question est particulièrement utile dans les domaines du travail, des technologies, de la communication et de l’apprentissage.
| Aspect de l’expérience | Ce qui peut rester valable | Ce qui peut être dépassé |
|---|---|---|
| Recherche d’emploi | La préparation, l’initiative, les contacts | La façon précise de contacter une entreprise |
| Encadrement d’une équipe | Des attentes claires et des retours constructifs | Un style hiérarchique qui exclut le dialogue |
| Apprentissage d’un métier | La répétition et la pratique | Les outils ou les technologies utilisés à l’époque |
| Résolution d’un conflit | L’écoute et la capacité à nommer le problème | L’idée que l’autorité doit toujours avoir le dernier mot |
Cette comparaison ne signifie pas que les expériences passées ont perdu leur valeur. Au contraire, en les séparant des circonstances propres à leur époque, vous faites mieux ressortir ce qui compte vraiment.
Commencez par comprendre ce que l’autre sait déjà
Une même expérience ne s’explique pas de la même manière à un débutant, à quelqu’un qui a déjà obtenu ses premiers résultats ou à une personne qui a déjà son propre point de vue. Si vous vous lancez dans votre récit sans connaître son niveau, vous risquez d’en dire trop ou de passer sous silence des éléments importants.
Avant de donner votre avis, une question simple peut vous aider : « Qu’as-tu déjà appris ou essayé à ce sujet ? »
La réponse vous indiquera si la personne a besoin d’une explication de base, d’un exemple concret ou plutôt d’une discussion sur deux pistes possibles. Vous lui montrez aussi que l’échange ne consiste pas seulement à vous écouter, mais à apprendre ensemble.
Ne racontez pas seulement ce qui a marché
Avec le recul, nous avons tendance à simplifier les événements : il y avait un problème, j’ai pris la bonne décision et j’ai obtenu un résultat. La réalité est souvent moins linéaire. Nous avons parfois essayé plusieurs solutions, commis des erreurs et été influencés par les circonstances.
Pour aider quelqu’un à tirer des enseignements de votre expérience, pensez aussi à mentionner :
- ce que vous ne saviez pas à l’époque,
- l’hypothèse qui s’est révélée fausse,
- ce que vous feriez différemment aujourd’hui,
- ce qui résultait de vos efforts et ce qui tenait plutôt à des circonstances favorables.
Ces éléments du récit sont souvent plus instructifs qu’une présentation lisse de la réussite.
Reconnaître ce que l’on ignore ne diminue pas la valeur de son expérience
Un jeune peut vous poser une question sur une technologie, une nouvelle méthode de travail ou un environnement que vous ne connaissez pas. Dans ce cas, inutile de chercher une réponse à tout prix.
Dire « je ne connais pas, explique-moi comment ça fonctionne aujourd’hui » peut être plus enrichissant pour tout le monde qu’une comparaison rapide avec un monde qui a changé. Vous pouvez aussi préciser ce que votre expérience permet malgré tout d’apporter : « Je ne connais pas cet outil, mais j’ai souvent été confronté au même dilemme entre rapidité et qualité. »
C’est ainsi que se met en place un apprentissage mutuel. L’un apporte son expérience et son contexte, l’autre de nouveaux outils et une connaissance du monde actuel.
Faites de votre récit une question plutôt qu’un ordre
Si vous ne voulez pas imposer votre expérience, vous pouvez terminer votre récit par une question qui rend à l’autre la responsabilité de sa décision.
Au lieu de dire « fais comme ça », vous pouvez demander :
- « Dans mon cas, cet élément a été décisif. Est-ce qu’il y a quelque chose de comparable dans ta situation ? »
- « À ton avis, qu’est-ce qui, dans mon expérience, pourrait encore servir aujourd’hui ? »
- « Quelle partie de ma méthode ne fonctionnerait pas pour toi ? »
- « Qu’aurais-tu besoin de savoir pour prendre ta décision toi-même ? »
Votre récit devient ainsi une source d’apprentissage, sans se substituer au jugement de l’autre.
Exemple concret avec une nouvelle technologie
Imaginons qu’un membre plus jeune de votre famille commence à utiliser un nouvel outil numérique pour organiser son travail et vous demande comment le configurer. De votre côté, vous avez utilisé pendant des décennies un agenda papier et des listes de tâches.
Vous avez au moins trois possibilités. Vous pouvez lui dire que le papier est plus fiable. Vous pouvez vous effacer en expliquant que vous ne comprenez rien aux technologies. Ou vous pouvez distinguer l’outil du principe.
Vous pourriez répondre : « Je ne connais pas ce logiciel, mais, pour m’organiser, j’ai toujours trouvé utile de regrouper les échéances au même endroit, de distinguer les tâches importantes des petites choses et de vérifier à la fin de la semaine ce qui reste à faire. Tu me montres comment on peut configurer ça dans ton système ? »
En une phrase, vous transmettez votre expérience tout en vous ouvrant à une nouvelle façon de travailler. Vous ne défendez pas un ancien outil : vous partagez un principe qui peut aussi fonctionner dans un nouvel environnement.
Pour parler de vos valeurs, assumez votre point de vue
Toute expérience ne se résume pas à une méthode technique. Certaines touchent à l’équité, à la famille, au travail, aux responsabilités ou à votre conception de ce qui est juste. Là aussi, il est utile de distinguer vos valeurs personnelles d’une règle que vous imposeriez à quelqu’un d’autre.
Vous pouvez dire : « Pour moi, il a toujours été important de tenir parole, même quand cela me coûtait quelque chose. » Vous partagez alors une valeur. Dire « si tu fais autrement, tu as tort » ferme au contraire la porte à la réflexion personnelle.
Vous transmettez souvent vos valeurs avec le plus de force lorsque vous expliquez pourquoi elles ont compté dans des décisions concrètes et ce qu’elles vous ont parfois coûté.
Pour garder une trace de votre expérience, notez vos décisions, pas seulement les événements
Si vous souhaitez transmettre vos expériences à vos enfants, petits-enfants, collègues ou à votre communauté, une simple chronologie des événements ne sera pas forcément ce qu’il y a de plus utile. Pour apprendre, il est souvent plus intéressant de conserver les situations dans lesquelles vous avez dû prendre une décision.
Pour chaque récit, vous pouvez noter :
- Quel problème devais-je résoudre ?
- Quelles possibilités avais-je envisagées ?
- Pourquoi ai-je choisi cette option ?
- Que s’est-il passé ensuite ?
- Quelle est, à mes yeux, la principale leçon à retenir aujourd’hui ?
- Qu’est-ce qui pourrait ne plus s’appliquer dans les conditions actuelles ?
Ce type de notes est plus utile qu’un recueil de conseils tout faits. Le lecteur ou l’auditeur peut suivre votre raisonnement et en retenir ce qui correspond à sa propre situation.
Vérifiez comment l’autre a compris la leçon
Une fois votre récit terminé, vous n’avez pas besoin de demander « tu as compris ? ». La réponse sera souvent simplement oui. Demandez plutôt ce que la personne retient pour sa propre situation.
Vous serez peut-être surpris de voir qu’elle considère comme essentiel un autre aspect que celui auquel vous pensiez. Ce n’est pas forcément une erreur. Cela montre que votre expérience n’est pas un mode d’emploi à reproduire, mais une matière à partir de laquelle chacun peut apprendre.
Si la personne en tire une conclusion différente de celle que vous vouliez transmettre, vous pouvez ajouter du contexte. Si son interprétation diffère de la vôtre mais reste cohérente, vous n’avez pas à la corriger simplement parce qu’elle ne correspond pas exactement à la vôtre.
Passez chaque conseil au crible de cinq questions
La prochaine fois que quelqu’un vous demande conseil dans un domaine que vous connaissez bien, prenez un instant pour passer en revue ces cinq étapes :
- Quelle est mon expérience concrète ? Décrivez la situation précise.
- Quel était le principe ? Distinguez la raison de la réussite de la méthode propre à l’époque.
- Qu’est-ce qui a changé depuis ? Les technologies, les règles, les possibilités ou les attentes sociales.
- Que sait déjà l’autre personne ? Adaptez l’échange à son niveau.
- Comment lui laisser la décision ? Terminez par une question ou par des options, pas par un ordre.
Vous n’avez pas à décider si votre expérience est « toujours pertinente » dans son ensemble. Certaines méthodes vieillissent, d’autres non. La valeur d’une expérience apparaît souvent lorsqu’on sait distinguer le principe durable du contexte dans lequel il a pris naissance.